dossier: qu'est ce que l'altérité?

Publié le par lifim2010

 

 

I-Définition de l'altérité
Etymologie : du latin alter, autre.

         En philosophie, l'altérité est le caractère, la qualité de ce qui est autre. C'est aussi la reconnaissance de l’autre dans sa différence, qu'elle soit ethnique, sociale, culturelle ou religieuse.

         Le questionnement sur l'altérité conduit à s'interroger sur ce qui est autre (alter) que nous (ego), sur nos relations avec lui, sur les moyens de le connaître, sur la possibilité d'exister sans lui, s'il constitue une menace pour notre identité.

        Dans le langage courant, l'altérité est l'acceptation de l'autre en tant qu'être différent et la reconnaissance de ses droits à être lui-même.

        L'altérité se différencie de la tolérance car elle implique la compréhension des particularités de chacun, la capacité d'ouverture aux différentes cultures et à leur métissage.

        Dans le terme « autrui », il y a « autre » et autre, s’oppose communément à « Moi ». Il y a moi et il y a l’autre et l’autre n’est pas moi, mais un autre que moi.

 

         L'altérité est la reconnaissance de l'autre dans sa différence. C'est une valeur essentielle de la laïcité qui privilégie le métissage des cultures comme source d'enrichissement et de paix. Évidemment la différence n'est pas une valeur en soi. Il y a des différences inacceptables, en particulier celles qui ont précisément pour objet ou pour conséquence de nier à l'autre son propre droit à la différence. L'altérité est la valeur qui place l'homme et la femme tels qu'ils sont comme premiers sujets de droit.

         Lorsque nous nous représentons l’absent, l’étranger et sa culture, ce rapport se complique encore parce que nous ne pouvons le vivre qu’à travers des productions de sens indépendantes de cet autre absent. La plupart d’entre nous n’a pas la possibilité de vivre la culture de l’autre de l’intérieur. Je construis ma représentation de la différence culturelle en nourrissant mon imaginaire de définitions qui sont souvent produites et diffusées par et pour ma propre culture. Je rencontre l’autre dans des films, sur Internet, dans des livres, des débats politiques, en vacances ou encore en discutant dans un café, mais rarement en partageant l’environnement de cet autre…  La distance, qu’elle soit géographique ou culturelle, pose donc problème. Ainsi, il nous est difficile de considérer les autres cultures en adoptant leurs catégories de pensée, leur cohérence interne. Nous pensons l’altérité souvent à partir de notre propre imaginaire, de nos propres valeurs, de notre propre vision du monde que nous utilisons « naturellement ». Dans ce sens, notre appréhension des sociétés non occidentales dépend largement des informations véhiculées par nos médias et nos productions culturelles. La littérature jeunesse occupe donc une place particulière dans la construction des discours sur l’autre. Elle permet de lire la conscience d’autrui telle qu’elle est reconstruite dans les  textes littéraires. Lorsqu’on s’intéresse à cette question, il est important, pour prendre une distance critique face à nos propres conventions, de réfléchir d’abord aux liens dynamiques entre l’imaginaire littéraire et l’histoire de notre rapport aux autres.

         III- L’histoire de l’autre et la littérature

Pour justifier et diffuser l’idée coloniale, les sociétés européennes se sont représenté le monde colonisé comme « naturellement » inférieur. Pour les sciences humaines du XIXe et du début du XXe siècle, c’est le concept d’évolutionnisme qui a  permis de placer l’autre dans une nature archaïque et primitive. Dans ce cadre sémantique, les métropoles modernes et développées pensaient devoir apporter le progrès et la civilisation à des communautés de sauvages. C’est ce qui était perçu comme la barbarie ou la naïveté de l’autre qui justifiait l’entreprise paternaliste du « grand frère » européen. Cet imaginaire, véhiculé notamment par les garants de l’objectivité et de la « vérité » en Occident – les anthropologues (la science) et les missionnaires (la religion), est aussi utilisé dans la littérature de l’époque, qui propose aux lecteurs des aventures exotiques où l’autre apparaît infantilisé, primitif ou irrationnel face au civilisé passionné de science. A la fin des années 1950, suite aux deux conflits mondiaux et grâce aux luttes menées par les colonies pour leur indépendance et leur droit à la différence, les sciences humaines se sont remises en question et ont partiellement remplacé le concept d’évolutionnisme par ceux de relativisme et de culturalisme. Il s’agit de reconnaître que toutes les cultures sont dignes et qu’il n’y a pas de hiérarchie entre elles. On tente de dépasser l’ethnocentrisme, cette attitude qui consiste à juger la culture de l’autre à partir de nos propres critères culturels et de nos propres valeurs. L’idée que la culture des autres doit évoluer pour finalement ressembler à la nôtre est rejetée. On milite pour une forme d’humanisme où chacun a le droit d’exister et d’être reconnu dans sa spécificité. Mais cette nouvelle tendance semble parfois valoriser surtout les aspects les plus exotiques de l’autre (nudité, rites, vie dans la nature, etc.). Alors que les nouveaux Etats indépendants cherchent à obtenir des droits au niveau international (politique, économique), certains courants valorisent des représentations qui tendent à figer l’autre dans une image passéiste du « bon sauvage ».

Montaigne et l’altérité :

                    Quand Montaigne dépeint les amérindiens, par rapport au système de différences qui est le sien, le système européen, dans le chapitre  «  les cannibales » des « Essais », il fait des réflexions sur la découverte du «  nouveau monde », les « sauvages » sont ainsi présentés par une série de propositions négatives. Le propos de Montaigne concernant cette négation, s’organise autour de l’opposition civilisation/sauvagerie et établit la supériorité de la vie sauvage sur la vie civilisée. Montaigne ouvre une réflexion sur le phénomène colonial.

Il imagine que la rencontre des deux mondes aurait pu avoir une forme différente (européens et américains) pour Montaigne, accepter l’altérité de l’étranger, la diversité de ses usages implique que l’on ne juge pas les différences. Montaigne conseille de «  frotter et limer sa cervelle contre  celle d’autrui. » ( les essais, III, 9)

L’auteur des Essais se trouve ainsi à l’origine du relativisme qui a dominé la pensée du XVII siècle. Il a bien mis en valeur la diversité  des modes de pensée et la richesse des différences.

Le thème de l’altérité était traité aussi dans le livre littérature et altérité, qui est une œuvre collective sous la direction d’Assia belhabib, dans le cinquième chapitre intervient Mustapha ben cheikh, qui commence avec la citation de J.J Rousseau : 

             «  Pour étudier l’homme, il faut apprendre à porter sa vue au loin. »

Il souligne que juste une exploration rapide de la littérature à travers les siècles, montre la difficulté qu’ont les hommes à partager leurs différences, à s’accepter, à dialoguer en dehors des jugements des discriminations.

On a vu ci-dessus, dans l’exemple de Montaigne, que cet auteur a pu interpelé les premiers doutes dans l’Europe, il dit dans les Essais (I,31 et III, 6) :  «  Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’est pas de son usage »

Montaigne renverse les valeurs de l’époque et fait  du « bon sauvage » un homme naturel et plus sage que l’homme dit civilisé.

Les voyages s’introduisent dans la littérature, et les écrivains vont le raconter en différentes  forme d’autobiographie, d’aventure, ou de récits, mais dont le seul but est de mettre l’autre au centre de leurs préoccupations. Cette littérature ne va pas seulement constater l’existence de l’autre, mais va jusqu’à le chérir, le sortir de l’anonymat, ou même l’anoblir, ainsi l’orient entre dans l’univers européen de façon significative, et vient inspirer la création.

La compagne d’Egypte de Bonaparte 1798-1801, la lutte de la Grèce contre les Turcs qui l’occupent jusqu’en 1830 … laissent développer l’idée d’un orient splendide, féérique, luxueux, fascinant.

Mustapha ben cheikh, finit par souligner que ni la science, ni la philosophie, ni la littérature n’ont pu vaincre définitivement le ressentiment des hommes envers les hommes. ainsi Barthes cite son livres mythologies : « la science va droit en son chemin, mais les représentations collectives ne suivent pas, elles sont des siècles en arrière, maintenues stagnantes dans l’erreur par le pouvoir, la grande presse et les valeurs de l’ordre », il souligne aussi que la notion de l’altérité reste ambigüe, ce n’est pas une notion neutre et ne constitue pas une promesse de justice et une vérité en soi, Segalen souhaite qu’elle permette «  de ne pas être dupe ni du voyage, ni du pays, ni du quotidien pittoresque, ni de soi. » 

 

   

 IV- l’autre dans la littérature contemporaine

 

         L’imaginaire littéraire contemporain n’échappe pas aux tendances discutées ci-dessus. Les titres les plus intéressants sont certainement ceux qui ne cherchent pas à trouver ce qu’il y a d’universel en nous. Cette quête d’universalité, déjà polémique en philosophie et en sciences humaines.

         Les titres qui traitent frontalement du racisme ou de l’altérité  ne sont pas forcément les meilleurs. Ils sont souvent indigestes, stéréotypés ou moralisants. Rencontrer l’autre dans un roman d’aventure dont l’atmosphère, le décor, les personnages transcrivent un ailleurs respectant les contextes sociohistoriques apparaît à la fois plus intéressant et plus heuristique.

        Une autre tendance récurrente lorsqu’on parle des autres  est le misérabilisme. Remplis de bonnes intentions, certains auteurs n’abordent que les aspects catastrophiques du monde non occidental (les guerres, les famines, les maladies). Ce faisant, ils oublient que, malgré les drames, il y a la vie, les ressources et l’ingéniosité des individus qui, avec leur culture, leur organisation sociale, leurs valeurs, ont un quotidien qui n’est pas fait que de désespoir et de faillite. Pour respecter l’autre, il faut l’imaginer comme un être capable de créativité, pas uniquement comme un pauvre qui subit la misère.

         Ainsi on est entré dans le vingt et unième siècle armé de la science mais affaibli par des idéologies qui trouvent leur ferment dans l’exaltation de la haine de l’autre.

 

V- CONCLUSION

Dans le contexte actuel de tensions internationales et de stigmatisation des phénomènes migratoires, il semble important de s’intéresser à la représentation de l’altérité dans la littérature. Certains titres continuent à véhiculer des stéréotypes et présentent nos valeurs spécifiques comme celles de tous. D’autres permettent de relativiser notre mode de pensée et de l’enrichir en partageant avec le lecteur des idées produites dans différents contextes sociohistoriques. Il appartient certainement aux médiateurs de favoriser la circulation des titres qui ne sont pas réducteurs et qui respectent la complexité culturelle des autres.

 

 

Publié dans L'maginaire de Tanger

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Marlet 20/04/2017 07:22

Bonjour. Je recherche des personnes pour m'aider à réfuter le solipsisme/alias la preuve de l'altérité
Si le sujet vous intéresse ?
Bien cordialement.

Reem 04/02/2015 20:54

bonjour,
tres bon article, mais comment le citer? est-ce que vous pouvez m'ecrire la citation complete?
merci

lolo 25/01/2015 00:05

Pouvez vous m'expliquez cette citation de J.J Rousseau : "Pour étudier l'homme , il faut apprendre à porter sa vue au loin " .

lili 06/05/2014 06:02

SVP je doit savoir qui est l'auteur de cela c'est urgent et obligatoire. répondez moi le plus tôt possible!!

OUZAHRA 13/06/2011 21:12


cool hbiba, je sais qu'on est débordé!!! tous!! à perdre la tête