L'Orient dans l'imaginaire occidental (partie 3)

Publié le par lifim2010

III.L’Orientalisme  d’Edward Saïd

  A. L’Orient créé par l’Occident

Chaque époque et chaque société recrée ses propres « Autres ». La polarisation orient/occident renforce les préjugés. L’analyse de l’orientalisme comme système de pensée et de représentation - révélateur de la façon dont l’Occident a, dans l’histoire, appréhendé et traité l’Autre - est, aux yeux d’Edward Saïd, si subjective, que l’auteur en vient à s’interroger tout simplement sur la validité du découpage de la réalité en blocs distincts et forcément opposés. C’est là, dit-il, « la principale question intellectuelle soulevée par l’orientalisme».

L’Orientalisme constitue son œuvre majeure. « La vie d’un Palestinien arabe en Occident, en particulier en Amérique, est décourageante. Le filet de racisme, de stéréotypes culturels, d’impérialisme politique, d’idéologie déshumanisante qui entoure l’Arabe ou le musulman est réellement très solide». C’est cette expérience qui a poussé en 1978 Edward Saïd, professeur de littérature comparée à la Columbia University de New York, à écrire « L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident », un livre qui a connu un retentissement mondial, comme en atteste sa traduction en 37 langues.

Dans « L’Orientalisme », Saïd analyse le système de représentation dans lequel l’Occident a enfermé l’Orient - et même, l’a créé. Le livre est plus que jamais d’actualité, parce qu’il retrace l’histoire des préjugés populaires anti-arabes et anti-islamiques, et révèle plus généralement la manière dont l’Occident, au cours de l’histoire, a appréhendé « l’autre ».

L’œuvre complète scindée en trois parties, est à nos yeux indissociables de la nouvelle préface que l’auteur écrit en 2003 suite aux attentats du 11 septembre 2001 à New York et à l’entrée en guerre des Etats-Unis en Irak.

Dans la première partie, « Le domaine de l’orientalisme », l’auteur examine tous les aspects du sujet, dans ses dimensions spatiales, historiques, philosophiques, et politiques.

Dans la deuxième partie, « L’Orientalisme structuré et restructuré », il expose la vision des poètes, artistes et savants jusqu’à la moitié du XIXème siècle pour se focaliser dans la dernière partie sur l’évolution de l’orientalisme, notamment aux Etats-Unis au XXème siècle.

E. Saïd va s’attacher à retracer, du moyen âge jusqu’à nos jours, l’élimination par le mouvement orientaliste des valeurs humanistes, d’abord en Europe (Grande-Bretagne et France) puis aux Etats-Unis.

Il y analyse le système de représentations presque identique dans lequel les puissances occidentales - la France, l’Angleterre, les Etats-Unis - ont, au fil des siècles, enfermé l’Orient. L’enjeu est de taille :

« L’Orient n’est pas seulement le voisin immédiat de l’Europe, il est aussi la région où l’Europe a créé les plus vastes, les plus riches et les plus anciennes de ses colonies, la source de ses civilisations et de ses langues, il est son rival culturel et lui fournit l’une des images de l’Autre qui s’impriment le plus profondément en elle. De plus, l’Orient a permis de définir l’Europe (ou l’Occident) par contraste: son idée, son image, sa personnalité, son expérience. La culture européenne s’est renforcée et a précisé son identité en se démarquant d’un Orient qu’elle prenait comme une forme d’elle-même inférieure et refoulée. »

Il estime que dès les anciens, avec Hérodote ou Alexandre le Grand, le monde est géographiquement divisé en deux parties tandis qu’avec le Moyen-Age, l’islam devient une version fourvoyée du christianisme. L’orientalisme, note-t-il, est à la fois un aspect du colonialisme et de l’impérialisme. Il est un « discours », une manière d’agir sur l’Orient, et même de le créer :« Le savoir sur l’Orient, parce qu’il est né de la force, crée en un sens l’Orient, l’Oriental et son monde. »

Saïd juge l’opposition entre Orient et Occident non  seulement « hautement indésirable », mais aussi « erronée ». « L’Orient n’est pas un fait de nature inerte. Il n’est pas simplement là, comme l’Occident n’est pas non plus simplement là ». L’analyse qu’il fait de l’orientalisme montre bien à quel point l’Orient est, en effet, une création active de l’Occident.

Il conclut que l’orientalisme énonce des généralités, développe une conception monolithique, figée, « essentialiste et idéaliste », de l’Orient ; il n’inscrit pas les sociétés qu’il étudie dans un processus dynamique de développement ou de continuité historique.

Reste à savoir comment on peut représenter « l’autre » de façon acceptable, étudier d’autres cultures et populations « dans une perspective qui soit libertaire, ni répressive ni manipulatrice. » Saïd met là le doigt sur un véritable enjeu de civilisation. Il s’agit, dit il, de « désapprendre l’esprit spontané de domination », c’est-à-dire d’inventer une attitude à peu près inédite : « Les cultures les plus avancées ont rarement proposé à l’individu autre chose que l’impérialisme, le racisme et l’ethnocentrisme pour ses rapports avec des cultures autres. »

Toute son œuvre montre comment le monde islamique est présenté comme menaçant,« furieux, violent, et congénitalement anti-démocratique » par les occidentaux. Edward Saïd dénonce le fantasme complaisamment entretenu d’une menace islamiste. Il va jusqu’à estimer que le fait pour les occidentalistes de considérer plus ou moins consciemment que les Orientaux ne sont pas de véritables êtres humains permet de justifier la mainmise de l’Occident sur l’essentiel des ressources mondiales. Appréciation que certains américains et européens semblent partager et qui inspireraient leurs actions.

C’est une œuvre  admirable dans la mesure où elle dénonce les préjugés sur l’islam et les conséquences désastreuses qu’elle a ou peut encore engendrer. Elle oblige le lecteur à remettre en cause ses opinions, fruit d’une idéologie dont il peut ignorer même jusqu’à la source         

Ce livre paru en 1978, qui demeure la critique la plus virulente à l’égard de la littérature de voyage en Orient au XIXème siècle et aussi à l’égard de la conception portée par l’occident sur le monde arabo-musulman actuel.

Cette production textuelle est reléguée au rang d’instrument politique responsable de la domination, de la méconnaissance, voire de la « création » de l’Orient par l’Occident.

B. Post-colonialisme :

Le post-colonialisme ou post colonialisme est un courant de pensée dont les principaux fondements se situent dans l'œuvre d'Edward Saïd, L'Orientalisme paru en 1978.

En tant que théorie littéraire, il fournit des outils critiques permettant d'analyser les écrits produits par les auteurs issus des pays qui ont une histoire de colonisation. Ces derniers incluent principalement les pays faisant partie des anciens empires coloniaux français, britanniques, espagnols et portugais.

Les principaux concernés sont donc les pays d'Afrique, l'Inde, les Caraïbes et les pays d'Amérique du Sud. Certains chercheurs considèrent que les œuvres produites au Canada, en Nouvelle-Zélande et en Australie peuvent également être qualifiées de postcoloniales, bien que ces pays aient acquis leur indépendance longtemps avant les autres.

Les œuvres qualifiées de postcoloniales s'intéressent souvent au problème d'identité. Le colonialisme a instauré dans le pays colonisé un système de valeurs fondé sur des idées européennes.

Dans ce système de pensée était représentée la supposée supériorité du monde occidental. Après l'indépendance, les populations des pays libérés ont dû abandonner ce système de valeurs par lequel ils s'étaient toujours définis comme étant inférieurs. C'est pourquoi, afin de réaffirmer leurs origines et devant l'immense tâche de se reforger une identité ils ont souvent eu recours à des idées nationalistes. Cette étape est visible dans la littérature de ces pays.

Il semblerait que le concept de post-colonialisme peut être utile pour comprendre un certain nombre d’aspects de la situation que vivent ceux qu’on appelle toujours les ‘immigrés’. On oublie souvent que la jeunesse vivant en France qui est montrée du doigt comme non respectueuse des « valeurs républicaines » est en fait pour partie héritière de l’immigration postcoloniale. Dans sa grande majorité, la gauche radicale s’est jusque là montrée incapable de rompre avec les schémas issus de cette tradition républicaine travaillée par le colonialisme. 

Conclusion

            Les voyages des Européens en Orient se sont multipliés depuis la fin de la Renaissance. On voyageait dans les pays riverains de la Méditerranée bien avant le XIXe siècle, la littérature et le récit du voyage constituent des témoignages importants de ce penchant pour l’Orient, cet Autre monde souvent idéalisé à l’égard duquel les romantiques éprouvent deux attitudes, l’une de recherche du pittoresque, l’autre de méditation.

            Ainsi, de nombreux voyageurs prennent le chemin de l’Orient en ayant une multitude de préjugés dans l’esprit, qu’ils tendent à vérifier. Mais, ils ne vont pas tous dans les mêmes pays, ni ne les apprécient de la même manière.

            On peut dire que la perception de l’Autre change au fur et à mesure que la colonisation s’installe. L’expansion coloniale s’accompagne d’un discours légitimant la domination de l’homme blanc sur des peuples à civiliser, comme l’affirme Denise Brahimi:

  « L’Orient est bon à connaître et à visiter pour mieux se persuader de l’écart avec l’Occident et de la supériorité de l’Occident, qui seul, par son intervention pourrait y remédier. Voilà la seule tentation que l’Orient soit capable de ressusciter »

 

 

 

réalisé par: Ikram El Ayachi, Fatima-zahra Chkar, Meryem Gmih

 

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