La Francophonie (partie 1)

Publié le par lifim2010

Introduction :
 


            Concept, ayant fait couler beaucoup d’encre dans le domaine des sciences sociales, étant un enjeu politique et culturel qui a accompagné les bouleversements de l’histoire des peuples de leurs cultures, la francophonie est désormais devenue, face à une mondialisation culturelle de plus en plus affirmée, un tremplin nécessaire pour  la diffusion de la langue française dans le monde, au-delà des frontières nationales.

            Cette histoire, grâce à laquelle le monde partage la langue française existe et se développe, est portée par la vision des chefs d’Etat et de gouvernement et par les nombreux militants de la cause francophone qui œuvrent par le regroupement de la langue française, le dialogue des cultures et la culture du dialogue.

            Dans cette perspective, nous jugeons nécessaire de s’interroger sur la signification de ce concept et ses différentes facettes, tout en effleurant  la chronologie  qui a fait de la francophonie, ce qu’elle est aujourd’hui.

 

.Historique : 

A. 1880-1950 : la naissance d'un mot vite oublié

            Le mot "francophonie" apparaît à la fin du XIXe siècle, sous la plume du géographe français Onésime Reclus qui invente ce terme  dans un ouvrage intitulé « France, Algérie et colonies ». Dans le contexte de la fin du XIXe siècle, il prône l'expansion coloniale de la France et s'intéresse alors au facteur linguistique. Mais ce mot va retomber aussitôt dans l'oubli jusqu‘après la Seconde Guerre mondiale, où un mouvement associatif se développe autour de l'idée de rayonnement de la langue et de la culture françaises.

L'importance de l'activité des associations est aujourd'hui encore une caractéristique majeure de la Francophonie, qui accorde une place et un rôle centraux à la société civile.

 

21 juillet 1883:" L'Association nationale pour la propagation de la langue française dans les colonies et à l'étranger"  est créée sous l'égide de l'ambassadeur Paul Cambon.

L'année suivante est fondée " l'Alliance française") de Paris, au conseil d'administration de laquelle siègent notamment Ferdinand de Lesseps, Louis Pasteur, Ernest Renan ou Jules Verne. De nombreuses autres " l'Alliance française " vont rapidement voir le jour à travers le monde.

" L'Alliance française " est reconnue d'utilité publique en France en 1886.

 

B. 1950-1970 : L'essor d'un mouvement né hors de France

            Après la Seconde Guerre mondiale, le mouvement prend une ampleur nouvelle, sous l'action notamment d'Africains et de Canadiens français. Achevant son processus de décolonisation, la France s'en tient à une attitude prudente et réservée, tandis que des dirigeants africains, dont les présidents Senghor, Diori et Bourguiba, proposent dès les années soixante la constitution d'une communauté francophone.

            En effet, en 1962 Un numéro de la revue "Esprit" sur "le français dans le monde" marque la résurgence du mot et de l'idée de francophonie, lancés par Onésime Reclus plus de quatre-vingt ans plus tôt et depuis lors tombés dans l'oubli. Sous des plumes diverses et prestigieuses, dont celles de Léopold Sedar Senghor ou Norodom Sihanouk, les possibilités d'avenir de la francophonie y sont analysées. L'article signé par le grammairien, poète et chef d'Etat sénégalais L.S. Senghor est considéré comme le texte fondateur de la francophonie.

L.S. Senghor dit:

« Au moment que, par totalisation et socialisation, se construit la Civilisation de l'Universel, il est, d'un mot, question de nous servir de ce merveilleux outil, trouvé dans les décombres du Régime colonial. De cet outil qu'est la langue française.
La Francophonie, c'est cet Humanisme intégral, qui se tisse autour de la terre : cette symbiose des "énergies dormantes" de tous les continents, de toutes les races, qui se réveillent à leur chaleur complémentaire. "La France, me disait un délégué du F.L.N., c'est vous, c'est moi : c'est la Culture française". Renversons la proposition pour être complets : la Négritude, l'Arabisme, c'est aussi vous, Français de l'Hexagone. Nos valeurs font battre, maintenant, les livres que vous lisez, la langue que vous parlez : le français, Soleil qui brille hors de l'Hexagone
".

Léopold Sédar Senghor, "Le français, langue de culture", in "Esprit" n°311, novembre 1962, p. 844

 

Juin 1966:Sous l'impulsion du Président Senghor, la Conférence des chefs d'État de l'Organisation commune africaine et malgache (OCAM) réunie à Tananarive propose la constitution d'une communauté francophone, définie comme "une communauté spirituelle de nations qui emploient le français, que celui-ci soit langue nationale, langue officielle ou bien langue d'usage".

1967: L' "Association internationale des parlementaires de langue française" (AIPLF) est créée à Luxembourg, devenue en 1998 l' "Assemblée parlementaire de la Francophonie" (APF).

1969: La Conférence des ministres francophones de la Jeunesse et des Sports (CONFEJES) est créée.

17-20 février 1969: La première conférence intergouvernementale des Etats francophones se réunit à Niamey (Niger). Dans le prolongement de l'action des présidents Senghor du Sénégal, Diori du Niger et Bourguiba de Tunisie, il s'agit de trouver les moyens de maintenir et renouveler les liens unissant la France à ses anciennes colonies nouvellement indépendantes et au-delà à l'ensemble des pays parlant français. La Conférence est placée sous le patronage du ministre français des Affaires culturelles André Malraux.

 

C. 1970-1990 : La réalisation du projet francophone

Au le 20 mars 1970, un premier pas est effectué, avec la création de l'Agence de coopération culturelle et technique lors de la deuxième conférence intergouvernementale des Etats francophones qui a eu lieu à Niamey, qui a donné naissance à la première organisation intergouvernementale de la Francophonie, devenue "Agence de la Francophonie".

Au 26 août 1977Au Québec, est adoptée la loi 101, établissant une "Charte de la langue française", qui renforce notamment le statut du français dans la Province.

            Au 1er mai 1979, " L' Association internationale des maires et responsables des capitales et métropoles partiellement ou entièrement francophones" (AIMF) est créée à l'initiative du maire de Paris Jacques Chirac.

Mais il fallait attendre les années quatre-vingts  pour assister à une réelle reprise de cette idée: en effet, en 1986 se tient le premier sommet des chefs d'Etats et de gouvernements francophones.

En 1988 cette date du 20 mars deviendra celle de la Journée internationale de la Francophonie.

17-19 février 1986: Sommet de Versailles et Paris
            A l'invitation du Président François Mitterrand, une Conférence  réunissant les chefs d'Etat et de gouvernement ayant en commun l'usage du français a lieu en France.
Placée sous le signe de la solidarité, la Conférence retient quatre domaines essentiels de coopération multilatérale : le développement agricole et énergique ; les industries de la culture et de la communication ; les industries de la langue ; l'information scientifique et le développement technologique, y compris la recherche.

2-4 septembre 1987: Sommet de Québec

            Deuxième  sommet francophone, où les chefs d'Etat et de gouvernement définissent cinq secteurs d'activité prioritaires : l'agriculture ; l'énergie ; la culture et les communications ; l'information scientifique et le développement technologique ; les industries de la langue. La création d'un Institut de l'énergie est décidée (IEPF).

            Une "Déclaration de solidarité francophone" est en outre adoptée, qui rappelle les principes de solidarité et les défis que les francophones entendent relever.

            Par ailleurs, les chefs d'Etat et de gouvernement décident d'un rythme bisannuel pour leurs rencontres et adoptent le logo du Sommet de Québec comme couleurs officielles des sommets francophones.
Enfin, le Sommet décide d'instituer des "Jeux de la Francophonie", événement à la fois sportif et culturel.

 

24-26 mai 1989: Sommet de Dakar (Sénégal)

            Il s'agit du premier sommet francophone à se dérouler en terre africaine, notamment dans le pays natal de l'ancien président sénégalais Léopold Sédar Senghor, à l'origine de l'idée d'une communauté francophone.
            La Conférence consacre l'essentiel de ses travaux aux questions d'éducation et de formation, qualifiées de "domaine stratégique d'intervention" (
Déclaration de Dakar). La création de l'Université internationale francophone Senghor d'Alexandrie est décidée.

En Juillet 1989: Organisation des premiers "Jeux de la Francophonie", à Casablanca et Rabat (Maroc), réunissant 1 800 participants venus de 30 pays.

 

Depuis 1990 : un tournant politique et institutionnel

            Essentiellement consacrée à la coopération culturelle et économique, la Francophonie connaît dans les années quatre-vingt-dix dix un tournant politique et institutionnel.

19-21 novembre 1991: Sommet de Chaillot

Quatrième rencontre des chefs d'Etat et de gouvernement ayant en commun l'usage du français qui décide une importante réforme des institutions francophones.

25 juin 1992 : En France, une révision constitutionnelle (loi constitutionnelle n°92-554) précise dans le texte de la Constitution de la République que "la langue de la République est le français" (article 2, alinéa 1er).

Publié dans La Francophonie

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