La Francophonie (partie 3)

Publié le par lifim2010

Définitions:

A. Définition des concepts:

Derrière cette évolution du terme de Francophonie, se trouve en réalité un concept, aux sens multiples, qui masque des incertitudes et des ambiguïtés difficiles à lever.

Ce flou est sans doute lié à la structure de cet espace tel que le décrit l'auteur marocain, Tahar Ben Jelloun : «La francophonie est une maison pas comme les autres, il y a plus de locataires que de propriétaires».

Toutefois, depuis que Maurice Druon a défini la francophonie comme «l'ensemble de ceux qui ont le français en partage» et a déclaré que «la Francophonie est une géopolitique», nous nous devons de retenir deux concepts assez différents : francophonie et Francophonie, mais aussi un troisième concept important : Espace francophone.

Ces trois expressions semblent être synonymes, mais elles sont plutôt complémentaires dans l’usage :

La francophonie : (avec un petit f), désigne l’ensemble des locuteurs qui utilisent le français à degrés divers : le français comme, langue maternelle, langue seconde, langue de communication ou de culture.

 

La Francophonie : (avec un grand F), désigne le regroupement sur une base politique des Etats et gouvernements qui, réunis en sommet tous les deux ans, définissent les orientations et les programmations de l’organisation internationale de la Francophonie (OIF).

L’Espace francophone : représentant une réalité non exclusivement géographique, ni même linguistique mais aussi culturelle, réunit tous ceux qui, de près ou de loin, éprouvent ou expriment une certaine appartenance à la langue française ou aux cultures francophones.

 

 

B.  Classification du mot «  Francophonie »:

 Aujourd'hui, et cela depuis l'institutionnalisation du fait francophone, quatre sens peuvent être attribués au mot «francophonie», selon la classification qu'a établie Xavier Deniau :

1. Sens linguistique : le substantif tire son origine de l’adjectif  «francophone » signifiant « qui parle la langue française » ou « personne parlant le français ». Au sein de ce contexte, la Francophonie se définit comme le « fait d’être francophone»

2. Sens géographique: l’ensemble des peuples, des hommes dont la langue (maternelle, officielle, courante ou administrative) est le français.

3. Sens spirituel et mystique : le sentiment d’appartenir à une même communauté. Une solidarité qui naît du partage de valeurs communes aux divers individus et communautés francophones.

4. Sens institutionnel (politique): l’ensemble des organisations publiques et privées s’attache à défendre et valoriser l’espace francophone.

 

III.La construction d’un espace francophone :

Le terme Francophonie avec une capitale initiale qui désigne le plus souvent les organisations francophones sur le plan politique c'est-à-dire l’ensemble des gouvernements, pays adhérents ou instances officielles qui ont en commun l’usage du français dans leurs travaux et leurs échanges et qui poursuivent des missions communes sue le plan politique, éducatif, culturel, économique et langagière.          

L’idée d’une communauté organique francophone et de l’édification d’un Commonwealth à la française est lancée sous l’impulsion de trois chefs d’Etats africains, Léopold Sédar Senghor du Sénégal, Habib Bourguiba de Tunisie, Hamani Diori du Niger et du prince Norodom Sihanouk du Cambodge lors du sommet de l’organisation commune africaine et Malgache (OCAM) en Juin 1966 à Antananarivo afin d’éviter le morcellement des pays africains nouvellement indépendants.

Senghor et ses homologues nigérien et tunisien exposent leur projet de créer : « Une communauté spirituelle de nations qui emploient le français, que celui-ci soit langue nationale, langue officielle, ou bien langue d’usage ». Ces chefs d’Etats proposent la création d’une première conférence des pays partiellement ou entièrement en langue française, elle aura lieu en 1969. En aval d cette conférence, plusieurs structures africaines existent avec d’une part, l’Association internationale des parlementaires de langue française fondée en 1967 à Abidjan par Léopold Sédar Senghor et d’autre part le Conseil International de la langue française crée en 1968 ou encore la fédération internationale des professeurs de français fondée 1969.

Un projet francophone se dessine : Réunir un sommet des chefs d’Etats et de gouvernements des pays francophones. Cette première grande manifestation qui décide de la naissance de la francophonie institutionnelle aura lieu en 1969 à Niamey capitale du Niger. C’est une réunion de vingt et un chefs d’Etats et de gouvernements francophones. Le projet central est de développer une coopération multilatérale. Le 20 Mars 1979, l’agence de coopération culturelle et technique, organe central de la francophonie, est créée. Son rôle va s’évoluer au point de devenir aujourd’hui, sous le nom d’Agence Intergouvernementale de la Francophonie, le pilier central et unificateur de la francophonie dans le monde.

D’autres découvertes de la francophonie vont demeurer, eux aussi, mais eu rejoignant ou en fusionnant avec le nouvel ensemble francophone institutionnalisé qui naît en 1970. Parmi ces initiatives, certaines voient le jour sur le continent africain. En Afrique, la création (par processus d’indépendance) d’Etats qui cherchent à s’affirmer du point de vue national ou international décide plusieurs dirigeants de l’Afrique noire ex-coloniale à constituer des réseaux politiques francophones. Ainsi, en 1969, les pays de l’Organisation du Conseil Africain et Malgache organisent la conférence des ministres francophones qui deviendra un des opérateurs direct des sommets des chefs d’Etats et de gouvernements ayant le français en commun. Sur ce même principe africain, le président du Sénégal, Léopold Sédor Senghor avait proposé la création en 1967de l’association internationale des parlementaires de langue française. D’autres initiatives apparaissent dans les plus vieux pays francophones. Le cas de l’action canadienne en matière d’enseignement supérieur est remarquable à cet égard.

En effet, en Janvier 1961, cent cinquante recteurs d’universités francophones se réunissent eu terre canadienne et constituent la première assemblée constitutive de l’AUPELF (Assemblée des Universités Partiellement ou Entièrement de Langue Française) qui est actuellement un participant incontournable de l’Agence de la francophonie au sein de laquelle elle est chargée de la coopération universitaire et scientifique entre les universités, les laboratoires et les pays membres.

La Francophonie s’illustre en deux sortes superposées de réseaux :           

         Réseau culturel francophone : qui comprend des organisations pédagogiques linguistiques appartenant à des ensembles administratifs centralisés qui s’attribuent le rôle politique, d’implantation francophone.

         Réseau politique francophone : qui englobe différentes structures, formé par des organisations non scientifiques ou pédagogiques en charge d’implantation de la francophonie.

Il est essentiel de signaler que c’est de l’Afrique noire que l’initiative francophone est partie en 1969. En effet, le développement de la francophonie s’établit de façon nord-sud.

Des sommets auront lieu, pour le premier à Paris en 1986 puis à Québec en 1987, à Dakar en 1989, à Chaillot en 1991, à Maurice en 1993 et à Cotonou en 1995. L’orientation de la Francophonie reste triangulaire, réunissant le nord de l’Amérique à l’Europe et à l’Afrique.                     

Et c’est dans ces conditions, que le sommet de Hanoï (Vietnam) revêt des dimensions particulières à savoir l’adoption de la charte de la francophonie, et comme premier changement notoire : l’ACCT change de noms pour devenir l’Agence Intergouvernementale de Francophonie (AIF). L’autre changement, c’est la création du poste de secrétaire général, auquel Boutros-Boutros Ghali a eu l’honneur. Puis d’autres sommets succéderont jusqu’à nos jours.

Et pour comprendre en un coup d’œil cette construction de la Francophonie qualifiée de lente, voici quelques dates :

1960 : création de la Conférence des ministres de l’Education nationale (CONFÉMEN).

1961: création de l’Association internationale des universités partiellement ou entièrement de langue française (AUPELF).

1967: constitution de l’Association internationale des parlementaires de langue française (AIPLF).

1969 : création de la Conférence des ministres de la Jeunesse et des Sports (CONFÉJES).

1970 : création, à Niamey, de l’Agence de coopération culturelle et technique des pays francophones (ACCT).

1979: création, à Québec, de l’Association internationale des maires et responsables des     capitales et métropoles partiellement ou entièrement francophones (AIMF).

1984 : création de TV5-Europe.

1988 : création de TV5-Québec/Canada.

1989: création, à Alexandrie, de l’université Senghor.

1997: élection du premier secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) : Boutros Boutros-Ghali.

1998: l’Assemblée générale des Nations unies confère le statut d’observateur à l’OIF.

1999: l’OIF est accréditée en qualité d’observateur auprès de l’Union européenne, de l’Organisation de l’unité africaine et de la Commission économique pour l’Afrique de l’ONU.   

 

Publié dans La Francophonie

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