Le Fixe et le Mouvant d'ADONIS

Publié le par lifim2010

Il est Ali Ahmad Said Esber, dit ADONIS écrivain d’origine syrienne, naturalisé libanais. Il est né dans la montagne syrienne en 1930. Autodidacte jusqu’à l’âge de quatorze ans, à cause d’une inondation qui allait l’emporter. Initié par son père, un paysan lettré, à la culture arabe, à la poésie et au coran. Enfant précoce, et très talentueux, il est remarqué par le président syrien de l’époque, lorsqu’il déclame un poème en son honneur à l’âge de quatorze ans. Ce dernier lui offre une bourse pour suivre ses études au lycée français, et c’est à dix-sept ans qu’il publie ses premiers poèmes dans une revue locale sous le nom d’Adonis.

Licencié en philosophie de l’université de Damas en 1954, il poursuit ses études à Beyrouth, où il obtient un Doctorat d’Etat ès lettres arabes, une thèse époustouflante qui a bouleversé et renversé la conception des hommes de lettre arabes vis-à-vis des règles de la production littéraire.

Intitulée, Le Fixe et le Mouvant, elle évoque dès son titre un paradoxe pertinent. Une énorme réflexion qui traite de la notion de la tradition et de l’innovation dans la littérature arabe, où Adonis procède dans son analyse, par pair. Il adopte une méthodologie qui remet en question la dichotomie du Fixe et du Mouvant dans la littérature, avec toutes les éventuelles sous- dichotomies qui peuvent en résulter à partir de son champ lexical et sémantique :

-           Le fixe : sous entend chez Adonis, la tradition, les origines, l’imitation, la fidélité aux ancêtres et le passé.

-           Le mouvant : évoque l’innovation, la créativité, la mutation ou la mouvance, et le présent voire le futur.

 

Composé de trois volumes, l’ouvrage aborde dans le premier volume, intitulé « Les Origines », les caractères de l’immuabilité et la mutation, depuis l’avènement de l’Islam jusqu’à la moitié du deuxième siècle de l’Hégire. Pendant cette période les sources du fixe et de la tradition ont stagnées ainsi que celle de la mouvance et de la  créativité. L’auteur cite comme exemple la poésie préislamique (de l’ère de l’ignorance) :

Exemple : Cette poésie avait deux manifestations :

1.       Pour ce qui est du fixe, il s’applique aux textes provenant des poètes de la tribu comme institution, référence, et source (Exp : Zouhair ibno abi Salma et Labid).

2.       Quant au caractère mouvant, on le retrouve chez les poètes n’appartenant pas à la tribu ou ceux qui ont une vision différente de celle adoptée par les poètes de la tribu, c’est le cas de Mro’o Al Kais et des poètes errants (Saâliks).

 

Dans le deuxième volume, intitulé « L’Enracinement des origines », l’auteur illustre les traits de l’enracinement, de la stabilité et ses manifestations chez les anciensans la Sunna et l’Ijma, mais aussi les dans la théorisation des sources religieuses et politiques en citant comme exemple la théorie de « l’imam Achafi’i », ainsi que dans al théorisation des sources linguistiques et poétiques, en donnant l’exemple de « Al Jahed ». C’est la version fixe.

Quant à la version mouvante, elle se manifeste dans les mouvements révolutionnaires et dans les méthodologies expérimentales avec la mise en avant de la raison, comme c’est le cas chez « Al Mouaâtazila » (des adeptes islamiques qui débattent et expliques les lois religieuses avec la raison), chez les fanatiques et les soufis, et la concentration sur le spirituel et le moral.

Dans la poésie, il considère l’expérience de « Abou Naouass » et « Abou Tammam », dans la manifestation de la mouvance, dans le mesure où, ils ont libéré la poésie de sa conception et sa composition esthétique classique, et ont tenté de dénoncer, à travers leurs vers, les vices de leur société.

Pour l’expliquer, Adonis dit :

« Ainsi, la poésie chez Abou Naouass et Abou Tammam ne demeure plus une imitation de l’exemple patrimonial, elle ne calque plus la réalité. Elle deveint une innovation qui ne commence qu’à partir d’un rejet de la tradition. Le poète cée une distance entre lui et le patrimoine d’un côté et entre lui et la réalité d’un autre côté. »[1]

 

            Dans le troisième et dernier volume, intitulé « Le choc de la modernité », Adonis explique que la modernité n’évoque pas forçémment la notion de temps mais celle de la créativité. Il considère « Abou Naouass, Abou Tammam et Al Moutanabbi » plus modernes que « Ahmad Chawki et Samy Al Baroudi » dans le domaine de la poésie. Il incite à revoir la notion de la renaissance, il dit :

« De là, il faut revoir principalement l’évolution de l’ère de la renaissance, même si cette appellation provient de l’occident. Et en plus, cette ère n’a commencé qu’avec la conquête de Napoléon, donc il n’y a pas entre la renaissance arabe et celle occidentale un lien commun. L’origine de cette renaissance arabe n’est pas l’ancienne époque chrétienne occidentale, mais une origine grecque païenne. Et enfin, elle est a fait réversion totale sur le plan socioculturel. Alors que la renaissance occidentale n’a réalisé aucun pas radical poussant la société arabe à réaliser une telle révolution. »[2]

 

            De sa thèse l’auteur a déduit que :

« Puisque la culture arabe, avec sa forme ancestrale courante, de fondement religieux, je veux dire, tant qu’elle est une culture imitatrice, elle ne confirme pas la tradition seulement mais rejette aussi toute créativité, et al dénonce même. Cette culture ancestrale bloque ainsi tout progrès réel »[3]

 

            En guise de conclusion, nous pouvons dire que Le Fixe et le Mouvant peut être considéré comme une lecture critique du patrimoine arabe, une étude critique contemporaine comme celles de « Abed Jabri, Abdallah El Aroui, Hamid Abou Zid, Hassan Hanafi…etc ».

Le but de cette étude est donc, de pousser à puiser, dans le patrimoine culturel arabe, des qustions qui peuvent encore illuminer le présent et faire acquérir des souces éteincellantes de la créativité et dépasser ainsi le côté consomateur qui n’était que réponse à uen éperience provisioire passée, dasn le sens où toute époque est censée revoir sa problématique et reformuler ses questions.



[1] Adonis, Le Fixe et le Mouvant « Le choc de la modernité », Ed. Dar Al Fikr, 5ème édition, 1986.p.18.

[2] Ibid., P.284.

[3] Adonis, Op.cit. «  Les Origines », P.32

 

 

 

 

Fatima-Zahra CHKAR

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article