Léon l'Africain, Amine MAALOUF

Publié le par lifim2010

Léon l’Africain un roman historique  d’Amin Maalouf, publié en 1986. Considéré comme une autobiographie imaginaire, ce livre est issu d’une histoire vraie, racontant la vie et les aventures d’un homme qui a réellement existé entre la fin du XVème siècle et le début du XVIème siècle. Il s’agit de Hassan al-Wazzan, connu sous le nom de « Léon l’Africain » en Occident, il est spectateur de grands événements qui ont marqué son époque, celle des grands bouleversements militaires, religieux, politiques et artistique. Il était à Grenade durant la Reconquista, en Egypte lors de sa conquête par les Ottomans, à Tombouctou lorsqu’elle a pris feu, et enfin à Rome à l’apogée de la Renaissance, mais aussi pendant le sac de la ville par les soldats de Charles Quint.

Amine Maalouf, s’est inspiré pour écrire ce roman des écrits qu’a laissés Léon l’Africain, des écrits où il a gravé tous les événements aux quels il a assistés, et a peint des tableaux en couleurs de toutes les aventures qu’il a vécues.

Par le biais d’une longue lettre adressé à son fils, Léon l’Africain, nous livre une chronique de quarante années de son parcours, étalée sur quarante chapitres correspondant chacun à une année, dédié, par son titre, à un événement ou à un personnage marquant, tous ces chapitres classés à leur tour en quatre grands livres référant chacun à un endroit (livre de Grenade, livre de Fès, livre de Caire et livre de Rome) .

Tout au long de cette période, et tout au long de ce périple entre l’Orient et l’Occident Hassan al-Wazzan connaitra amours, aventures, voyages et exils. Et il sera tours à tours caravanier, géographe, ambassadeur, commerçant, esclave, prisonnier...etc. 

 

C’est à Grenade, en 894 de l’hégire (1488), que naît Hassan al-Wazzan, le Grenadin, le Fassi, le Zayyati, fils de Mohamed le peseur et de Salma, il est circoncis de la main d’un barbier et baptisé de la main d’un pape.

Enfant, ses parents lui content le lent déclin des califes andalous, affaiblis par les rivalités et les luttes incessantes, endormis par les fêtes somptueuses,  les parades pompeuses et les banquets sans fins. Alors que les musulmans espagnols ne peuvent s’appuyer sur d’autres qu’eux-mêmes, les princes catholiques bénéficient de l’appui de toute la chrétienté, encouragée à combattre les maures par les papes romains. Au fils des années, Gibraltar, Alhama, Ronda, Marbella, Malaga…etc., tombent l’une après l’autre. Et Boabdil, le dernier calife de Grenade, prince de l’Alhambra, est chassé par  les Castillans. La résistance grenadine est acharnée mais la reconquista s’achève, et l’Espagne est désormais sous la férule de Ferdinand d’Aragon et d’Isabelle de Castille.

C’est la fin de plusieurs siècles de cohabitation entre chrétiens, musulmans et juifs en terre d’Espagne. Après quelques années de tolérance, les musulmans sont contraints de choisir entre la conversion ou l’exil. Quant aux Juifs, ils subissent la terreur de l’Inquisition espagnole et émigrent massivement.

Fuyant Grenade et les persécutions qui s’annoncent, c’est à Fès qu’Hassan et sa famille trouvent refuge. Rejetés par un oncle qui juge dégradante la relation de son père Mohammed avec une esclave chrétienne (roumiya), Hassan et sa famille s’installent dans une modeste maison à la banlieue de Fès où Hassan vivra une jeunesse heureuse, partagé entre l’étude de l’islam sous la tutelle de l’intransigeant Astaghfirullah, la découverte des souks, l’espionnage des hammams de femmes avec son ami Haroun, et l’apprentissage du métier de commerce avec son oncle (Khâli).

            Devenu adulte, Hassan s’aguerrit et, faisant fortune, devient l’un des plus riches commerçant de Fès. Il entame la construction d’un somptueux palais, mais le Créateur ne semblait pas destiner Hassan à une vie tranquille de bourgeois.

            Alors que Haroun le Furet, membre de la puissante corporation des portefaix de Fès et meilleur ami de Hassan, décide d’épouser Mariam, la demi-sœur de Hassan, son père choisit de la donner à un déloyal et criminel trafiquant: Zerouali, dans le cadre d’un accord commercial destiné autant à redorer son blason terni par l’alcool et la dépravation qu’à remplir ses coffres.

            Persuadé que sa sœur va endurer l’enfer chez Zerouali, Hassan s’y oppose et la querelle familiale commence alors, et tourne au drame quand Hassan et Haroun vont conter l’affaire à Astaghfirullah, l’intransigeant imam de Fès, lui aussi immigré grenadin. Scandalisé que Mohamed donne sa fille en mariage à un homme aussi impie, cupide et vicieux que Zerouali,  Astaghfirullah  s’empresse de porter l’affaire sur la place publique et le nom de Zerouali est partout murmuré avec une crainte mêlée de dégoût.

            Humilié et attaqué, Zerouali rompt l’accord avec Mohamed et pour se venger, il use de son influence auprès du Cheikh des lépreux pour faire interner Mariam, pourtant saine, dans le quartier des lépreux.

Après trois années d’attente et d’espoirs de libération toujours déçus, Haroun, impatient et furieux, l’épouse finalement et s’enfuit avec elle en secret, loin de Fès. Mais Hassan veut aller plus loin et, auréolé de sa brillante réussite financière, use de son influence auprès du Sultan de Fès pour se venger et obtenir que le Zerouali soit banni de la ville pour deux ans. Funeste erreur.

La vengeance appelle la vengeance, et cette mince victoire se retourne contre lui quand un Haroun toujours furieux abat le vieux Zerouali, lors du retour de son pèlerinage de deux ans à La Mecque. Jugé en partie responsable du meurtre de celui qui avait payé le prix de son iniquité, Hassan est condamné à la même peine que l’homme qu’il haïssait : deux ans de bannissement.

Hassan quitte alors Fès avec tous ses biens —plus de 200 chameaux et son esclave Hiba, son premier véritable amour—, il prend la route vers l’Egypte et connaît alors le début de l’errance…

Peu de temps après son départ, une violence tempête de neige emporte tous ses biens, ses chameaux et ses serviteurs, son escorte et ses tentes. Réfugié avec Hiba  dans une grotte avoisinante, il survit, et le couple peut s’échapper de la tempête, sain, sauf, mais pauvre.

C’est en effet un Hassan ruiné qui ramène Hiba, libre, dans son village natal, sur le chemin de  Tombouctou. Là, cette dernière se fait racheter par les anciens du village à prix d’or, permettant à Hassan de retrouver un semblant de fortune pour refaire sa vie. Mais Hassan, bannit, ne peut rester et ce sont déjà les mots d’adieux, le dernier soir, la dernière nuit :

Sur la route d’Egypte, Hassan découvre les merveilles de l’Empire Songhaï, alors au faîte de sa puissance.

La suite des aventures d’Hassan le Grenadin, plus rocambolesque et inattendue  que jamais, se poursuit au pays des Pharaons. Arrivé par la route des marchands, il s’y fait rapidement une place et trouve, par l’entremise d’un généreux marchand, une modeste demeure dans la vieille ville, au bord du Nil.  En quelques mois, il devient un véritable notable cairote.

C’est aussi en Egypte qu’Hassan rencontre la belle Nour, la Circassienne, veuve de l’émir Saladin, neveu du Grand Turc, et dont le fils Bayazid est ainsi l’héritier du Sultan.

C’est avec elle qu’il fuit la colère turque —car le puissant sultan ottoman cherche à faire périr ce futur rival— et après quelques mois d’errance, ils quittent Alexandrie pour revenir à Fès, Hassan cherchant à revoir sa famille, qu’il n’a pas vu depuis son bannissement des années plus tôt.

Ce bref retour au pays est celui des nouvelles, tristes ou heureuses : affaibli par l’alcool et  l’humiliation, jamais réconcilié avec son fils, son père Mohamed est mort. Sa mère, Salma, l’attend toujours. Haroun et Mariam, bien qu’encore recherchés pour le meurtre du Zerouali, ont pris la tête de la résistance musulmane aux conquêtes chrétiennes, et luttent avec acharnement contre les Portugais et les Castillans sur les côtes de l’Est du Royaume Algérien, à Boualouane, Jijil, à Bougie, et partout où les velléités guerrières des chrétiens rencontrent les désirs de reconquête des musulmans.

Lorsqu’Hassan retrouve son vieil ami, près du siège de Bougie, c’est pour se voir confier une mission : jouer les ambassadeurs auprès du Grand Turc, car Haroun et son chef, le corsaire Arouj dit Barberousse, cherchent à obtenir l’appui des Ottomans dans la lutte contre les chrétiens.

Et c’est le voyage-retour de Tlemcen à Constantinople, avec Bayazid, jeté dans la gueule du loup : à l’aube, nous avons déjà dépassé Gammart. Le mal aidant, j’avais l’impression de voguer en plein cauchemar.

L’arrivée à Constantinople la Grande se fait dans la découverte et l’émerveillement : découverte de sainte Sophie devenue mosquée, découverte des palais, des mosquées et des médersas, découverte des zouks et des bazars, découverte de la ville immense et animée où se côtoient italiens, grecs et arméniens, et tous les Turcs venus des steppes nomades.

Mais Sélim le sultan n’a aucune intention de porter secours aux musulmans d’Occident ; c’est au détour d’un couloir, dans les salles pleines de secrets des diplomates et des courtisans, qu’Hassan comprend que l’ambition de l’Ottoman se porte sur l’Egypte mamelouke, qu’il convoite depuis longtemps.

Persuadé par Nour de revenir en Egypte pour tenter de prévenir le massacre qui s’annonce, Hassan ne peut qu’assister impuissant à la chute de la dynastie mamelouke, balayée par la puissance de l’Empire ottoman et les armées de Selim le Turc. La résistance opiniâtre du dernier des mamelouks, Tumanbay, n’y changera rien. Malgré une lutte acharnée, Le Caire tombe en août 1517. Les ottomans, enragés par la résistance qui leur a coûté nombre des leurs, procèdent alors à la grande vengeance : la ville est mise à sac, 8000 habitants sont massacrés. Le Caire est plongée dans  une orgie meurtrière où deux empires s’affrontent, l’un enivré par son triomphe, l’autre obstiné à ne pas mourir.

Après le massacre des derniers résistants et la mort de Tumanbay, Sélim veut affermir sa domination sur l’Egypte et cherche à faire déporter tous les maghrébins et les juifs du Caire à Constantinople. Fuyant cette nouvelle épreuve, Hassan et Nour prennent le premier bateau et voguent sur la méditerranée, se promettant de s’arrêter au gré de leurs envies, de débarquer où il leur plaira, sur n’importe quelle terre hospitalière de ce monde tourmenté.

Mais le destin est capricieux et semblait déterminé à ne pas laisser Hassan suivre son chemin : une fois encore, son histoire change de court. Débarqué à Djerba le temps d’une escale, il est enlevé à la femme qu’il aime : il ne la reverra plus jamais. Hassan a été capturé par des pirates siciliens, et c’est à Rome qu’il débarque, auprès du pape Léon X.

Nouvelle ville, nouvelle culture, nouvelle religion : baptisé par le pape qui le prend sous sa protection, Hassan le lettré prend le nom de son bienfaiteur et devient Jean-Léon de Médicis dit Léon l’Africain, le maure voyageur. En Italie, il vit des années riches en découverte : la renaissance italienne bat son plein et à Rome, Raphaël côtoie Michel-Ange, Sixtine se construit, témoin de leur génie. Partout des sculpteurs, des peintres, des poètes, des ambassadeurs, des perles et des plaisirs, et tous les protégés du pape.

A Rome, Jean-Léon grandit. Il y trouve une femme, présenté par le cousin du pape, le cardinal Jules. Elle s’appelle Maddalena.

Il apprend le turc, le latin, le catéchisme et la langue hébraïque, donne des cours d’arabe, et surtout, commence la rédaction de son grand livre, pour lequel il est célèbre : Description de l’Afrique, où il met à l’écrit son immense expérience de voyage, celle des peuples d’Afrique et d’Orient. Ce livre, écrit en italien, restera quatre siècle en Occident une référence essentielle pour la compréhension du continent noir. A près de 40 ans, sa vie est douce, et Léon l’Africain n’a rien d’un prisonnier.

Mais Rome est menacé par les périls de son temps. La ville paye  le prix de son soutien à François 1er dans la guerre qui l’oppose à Charles Quint. Les soudards protestants de l’héritier des couronnes de Castille, d’Aragon et de Sicile, prince de Bavière et des Pays-Bas, empereur du Saint-Empire romain germanique, livrés à eux-mêmes, sans commandement et sans solde, mettront la ville à sac malgré l’accord de paix finalement signé entre le pape et l’empereur. Incontrôlables, les luthériens, nourrissant une haine tenace à l’égard du pape, pilleront la ville pendant plus d’un an. Il y  aura plus de 20 000 victimes.

A ce moment de l’Histoire résonnent avec horreur les mots de Luther : O toi Léon, le plus infortuné de tous, tu es assis sur le plus dangereux des trônes. Rome fut jadis une porte du Ciel, elle est désormais le gouffre béant de l’enfer.

Parvenant finalement à fuir l’horreur avec le pape —qui hésitera longtemps à quitter la ville— grâce à l’amitié de l’habile Hans, un ami protestant, Hassan s’embarque pour Tunis, une dernière fois.

Hans le quitte plein de regrets 

Comme ses parents des années plus tôt, il fuit la guerre et la misère de son temps pour chercher un havre de paix auprès des siens. Léon l’Africain a dépassé l’âge respectable de 40 ans, il vit avec sa troisième femme et leur enfant, le petit Guiseppe.

Il part retrouver ce qui reste de sa famille : sa fille Sarwat, fille de Fatima sa première femme, morte en couche, sa fille Hayat, fille de Nour la Circassienne, partie à la reconquête pour son fils d’un trône perdu, sa sœur Mariam. Son père et sa mère ont déjà quitté cette terre et le voyageur fait son dernier voyage : désormais, seul comptent la quiétude et le repos.

 

 

Fatima-zahra CHKAR

Publié dans Bibliothèque

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article